Et mon père
Quand vous dansiez en ce temps-là,
Pas besoin de pédale wah-wah.
C'était pas la bossa nova
Mais ça remuait bien déjà.
Les caves étaient profondes
Et la ronde
Ne s'arrêtait pas.
Un vieux piano bastringue
Et les dingues Tournoyaient déjà.
Et Juliette avait encore son nez.
Aragon n'était pas un minet.
Sartre était déjà bien engagé.
Au Café de Flore, y avait déjà des folles
Et mon père venait de débarquer.
Il hantait déjà les boutiquiers.
Dans sa chambre, on troquait du café.
Il ignorait qu'un jour, j'en parlerais.
Quand vous flirtiez en ce temps-là,
Vous vous touchiez du bout des doigts.
La pilule n'existait pas.
Fallait pas jouer à ces jeux-là.
Vous vous disiez "je t'aime",
Parfois même
Vous faisiez l'amour.
Aujourd'hui, deux salades,
Trois tirades
Et c'est l'affaire qui court.
L'oncle Adolf s'était déjà flingué.
Son Eva l'avait accompagné,
Des fois qu'il aurait voulu draguer :
Qui sait si, là-haut, il n'y a pas des folles
Et mon père allait bientôt planter
Cette graine qui allait lui donner
Ce débile qui essaie de chanter.
Il ignorait que viendraient mes cadets.
Quand vous chantiez en ce temps-là,
L'argent ne faisait pas la loi.
Les hit parades n'existaient pas,
Du moins, ils n'étaient pas de poids.
Tu mettais des semaines
Et des semaines,
Parfois des années.
Si t'avais pas de tripes,
Ta boutique,
Tu pouvaient la fermer !
Et Trenet avait mis des années,
Brassens commençait à emballer
Et Bécaud astiquait son clavier.
Monsieur Brel ne parlait pas encore des folles
Et mon père venait de débarquer
Là ou restait quelque humanité,
Là où les gens savaient encore parler
De l'avenir... même s'ils sont fatigués.
Et Juliette avait encore son nez.
Aragon n'était pas un minet.
Sartre était déjà bien engagé.
Au Café de Flore, y avait déjà des folles
Et mon père venait de débarquer
Là ou restait quelque humanité,
Là où les gens savaient encore parler
De l'avenir... même s'ils sont fatigués.
Nicolas Peyrac.
Pour la première fois en 18 ans j'ai écouté attentivement les paroles de cette chanson. Et je l'ai trouvé géniale, c'était comme être dans la vie des personnes "de ce temps là" et être capable de ressentir ce qu'elles ont ressentit. L'espoir qu'elles ont pu vivre ou imaginer des scènes.
Je voyais les bals musette avec les robes qui volent, j'entendais des rires et les pétards des vieilles mobylettes. Je ne vais pas sortir un coup de nostalgie du "ça devait être bien ce temps là", non, loin de là, j'apprécie énormément mon époque, mais si les voyages ne m'interessent pas, j'aime vivre quelques temps à l'époque que je voudrais, passée ou futur, juste quelques jours.
J'aimerais voir comment les gens ont réagit aux guerres de 14-18, de 39-45, j'aimerais voir leur yeux lorsqu'ils ont organisé la conquête de l'amérique, j'aurais aimé voir les fraises tagada achetées à la sortie du lycée par de jeunes ado qui ont leur mercredi après-midi de libre à la pension, j'aurais aimé voir les yeux furtifs de collégiens qui ne sont pas dans un collège mixte et qui osent à peine se regarder en se croisant à la boulangerie. J'aurais aimé voir l'apparition de la voiture et de la télé, j'aurais aimé voir le premier homme qui a posé son pied sur la lune, j'aurais même aimé regarder caravage peindre son premier St Matthieu, les artistes grecs sculper leurs atlètes, l'egypte ses fresques murales et les hommes primitifs leurs animaux.
J'aurais aimé voir le premier avion décoler, connaître einstein et les scientifiques les plus connus actuellement, j'aurais aimé saluer louis XIV à sa cours, encourager Henri V, voir la construction des château de la loire, voir les dessins des jardins de versailles.
Voir ce que je ne fais qu'imaginer.
J'aurais aimé voir ce qu'on va découvrir, ce que l'on va trouver, comment va-t-on changer la monde, comment allons-nous le façonner, voir milles ou deux milles ans après, trois milles même dix milles pourquoi pas !
Voir ce que je ne peux pas imaginer.